Les écrans chez le jeune enfant : quels impacts et quelles recommandations ?

Les écrans occupent une place grandissante dans la vie quotidienne des familles. Téléphones, tablettes, téléviseurs, ordinateurs et consoles attirent de façon naturelle le regard et l’attention des jeunes enfants.
Pourtant, les études scientifiques montrent qu’une exposition trop précoce aux écrans peut interférer avec le développement global de l’enfant.
Il est donc essentiel pour les parents d’instaurer des habitudes numériques saines dès le plus jeune âge.
Pourquoi limiter l’exposition aux écrans chez les jeunes enfants ?
Les premières années de vie représentent une période de développement cérébral exceptionnel. Pour acquérir toutes ses connaissances et compétences nécessaires à son développement, le petit enfant a besoin de bouger, d’explorer son environnement, de manipuler et de toucher les objets, de parler, d’imaginer et d’interagir avec les autres. Toutes ces expériences multisensorielles et tridimensionnelles ne peuvent pas être remplacées par un écran.
Une exposition excessive aux écrans, en particulier à l’âge préscolaire, est associée à différents risques pour la santé et le développement de l’enfant :
- Retard du langage et de la communication
- Attention réduite, difficultés de concentration
- Diminution de la créativité
- Retard de la motricité fine et globale
- Difficultés d’interaction sociale et de régulation émotionnelle
- Perturbation du sommeil
- Sédentarité, surpoids
Des recommandations liées à l’âge
Avant 2-3 ans : éviter les écrans
Avant 2 ans, les écrans n’apportent aucun bénéfice au développement cognitif ou langagier. Les images en deux dimensions et la passivité ne soutiennent pas les apprentissages essentiels.
Seule exception : les appels vidéo qui favorisent le maintien du lien avec la famille.
Entre 2-5 ans : limiter les écrans
Pour les enfants d’âge préscolaire, un temps restreint devant les écrans est recommandé, au maximum une heure par jour.
Il est indispensable que le contenu soit calme et adapté à l’âge. Dans l’idéal, une exposition par courtes périodes, accompagnée d’une présence parentale pour pouvoir échanger avec l’enfant et nommer ce qu’il voit.
Au-delà de 5 ans : trouver un équilibre
À partir de l’âge scolaire, l’enjeu n’est pas uniquement la durée passée devant les écrans, mais l’équilibre global entre les différentes activités. Les écrans ne doivent jamais :
- Empêcher l’activité physique (au moins 60 minutes par jour)
- Interférer avec le sommeil
- Remplacer les interactions sociales
- Diminuer le temps de jeu libre ou la créativité
- Nuire aux apprentissages scolaires
Le rôle central du jeu dans le développement de l’enfant
Le jeu libre ou spontané, seul ou avec d’autres, est la pierre angulaire du développement de l’enfant. Jouer stimule le langage, la réflexion, la créativité, la motricité, la gestion des émotions, la résolution de problèmes et la confiance en soi.
Les jeux symboliques, les bricolages, les livres, les activités en extérieur ou les jeux de société apportent bien plus que l’exposition passive aux écrans.
Il est aussi important pour les enfants de connaître l’ennui : cela permet de développer l’imagination, l’autonomie et la capacité à trouver des solutions par eux-mêmes.

Le rôle central de l’interaction sociale dans le développement de l’enfant
Dès la naissance, l’enfant construit son développement grâce aux interactions humaines : les regards, les sourires, les échanges verbaux, les jeux partagés. Ces interactions nourrissent les compétences sociales, le langage, la régulation émotionnelle et la compréhension du monde.
Les écrans, même éducatifs, ne peuvent pas reproduire la richesse de ces expériences. Une conversation avec un adulte, une histoire lue, une discussion pendant un jeu ou une activité à deux activent des zones cérébrales fondamentales pour le développement. À l’inverse, un enfant absorbé par un écran réduit ses échanges, répond moins, observe moins l’environnement et interagit moins avec les autres.
Les relations humaines offrent aussi un cadre sécurisant : elles aident l’enfant à reconnaître ses émotions, à demander de l’aide, à apprendre la patience et la frustration. Les interactions sociales sont donc indispensables pour développer l’empathie, la confiance en soi et la capacité à coopérer.
Les parents et les écrans
Les parents sont les premiers modèles. La manière dont ils utilisent leurs propres écrans influence directement les comportements de leurs enfants.
De nombreuses études montrent que lorsque les parents consultent fréquemment leur téléphone en présence de leurs enfants, la qualité des interactions diminue : moins de regard, moins de réponses, moins de disponibilité. Ce phénomène s’appelle la technoférence.
Il est primordial pour l’enfant de se sentir vu, entendu et important aux yeux de ses parents. Les interactions de qualité nourrissent son estime de soi, augmentent ses compétences sociales et aident à son développement émotionnel.
Réduire sa consommation d’écrans en présence de son enfant, notamment au moment des repas, du bain, au parc ou pendant le jeu, aide à préserver la qualité de la relation.
Montrer un usage raisonné de son propre téléphone transmet à l’enfant un modèle de régulation qu’il reproduira à son tour.
Accompagner l’enfant dans sa découverte de la vie numérique
Lorsque l’enfant regarde un écran, l’adulte a un rôle clé à jouer
- Être présent et commenter ce que l’enfant voit
- Choisir un contenu adapté à l’âge
- Avoir des règles claires et cohérentes
- Encourager l’enfant à parler de ce qu’il a vu, de ce qu’il a ressenti
- Expliquer comment protéger sa vie privée, son image et sa sécurité en ligne (dès l’âge scolaire)

Écrans et vie privée : attention au partage des photos
Les enfants ont actuellement une empreinte numérique très tôt dans leur vie, avant d’être en âge de comprendre ce que cela signifie. Le partage massif des photos par les parents soulève de nombreuses questions de sécurité, de protection de l’intimité et de consentement.
Les spécialistes recommandent de :
- Limiter les publications contenant des informations personnelles
- Configurer les paramètres de confidentialité
- Informer tous les proches des règles familiales de publication des photos
- Réfléchir à ce que l’enfant pourrait penser de ces photos dans quelques années
Quelques repaires simples pour une utilisation saine au quotidien
Les écrans font partie intégrante de notre quotidien, mais le développement de l’enfant repose d’abord sur le mouvement, le jeu, l’exploration et les relations humaines.
En instaurant des règles simples d’utilisation, en accompagnant l’enfant et en veillant à un équilibre entre les différentes activités, les familles peuvent favoriser la santé, le bien-être et le développement harmonieux de leurs enfants.
- Pas d’écrans pendant les repas, dans la chambre ou avant le coucher
- Pas d’écrans pour calmer un enfant
- Surveiller le contenu et pas seulement la durée d’exposition
- Maintenir un équilibre entre écrans, mouvement, jeu, sommeil et relations sociales
- Offrir un modèle positif : les parents sont les premiers exemples
Questions des parents
Les applications éducatives sont-elles vraiment bénéfiques ?
Elles peuvent être intéressantes ponctuellement, mais elles ne remplacent jamais l’apprentissage réel. L’enfant apprend d’abord en manipulant, en jouant et en interagissant. Les applications ne doivent être qu’un complément très limité et toujours accompagnées d’un adulte.
À partir de quel âge peut-on introduire une console de jeux ?
Il est préférable d’attendre au moins 6–7 ans, âge auquel l’enfant comprend mieux les règles, la frustration, le temps d’écran et la sécurité numérique. Les jeux doivent être adaptés, supervisés et utilisés sur des durées courtes.
Peut-on laisser un enfant regarder un dessin animé pour le calmer ?
C’est tentant, mais déconseillé. L’enfant apprend à réguler ses émotions grâce à l’adulte, pas grâce à l’écran. Utiliser les écrans pour apaiser peut créer une dépendance au stimulus visuel. Mieux vaut proposer un câlin, un livre, un temps calme ou une activité courte.
Les dessins animés en langue étrangère aident-ils à apprendre une langue ?
Avant 6 ans, l’enfant ne se contente pas d’entendre une langue : il construit le sens à travers l’interaction. Comprendre une langue, c’est associer des mots à des situations vécues, des gestes, des émotions et des échanges avec une personne réelle.
Les écrans, surtout en langue étrangère, ne permettent pas cette construction du sens. L’enfant peut entendre des sons ou reconnaître certaines intonations, mais sans interaction, il ne peut ni vérifier sa compréhension, ni utiliser activement la langue.