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Mon ado et les substances : comment aborder le sujet ?

Dr. Catherine Myers12 min de lecture
Fumee sur fond noir

L’adolescence est une période de découverte, de recherche d’autonomie et d’expérimentations. La consommation d’alcool, de cigarettes, de puffs, de cannabis ou de médicaments détournés de leur usage peut faire partie des sujets auxquels les jeunes sont confrontés, directement, à travers leurs amis et les réseaux sociaux.

Il est naturel de s’inquiéter pour son adolescent et de vouloir le protéger, tout en lui laissant progressivement davantage d’autonomie. Trouver les bons mots, exprimer ses inquiétudes sans dramatiser et poser des limites sans compromettre la relation peut être délicat.

Il n’y a pas de formule parfaite. Mais une relation de confiance, une écoute active et des règles claires peuvent aider un jeune à faire des choix plus sûrs.

Ouvrir le dialogue

Il n’est pas nécessaire d’attendre de s’inquiéter d’une éventuelle consommation pour aborder le sujet avec son adolescent. En parler naturellement, au fil des occasions du quotidien, permet d’instaurer progressivement un dialogue ouvert et sans jugement. La discussion est plus facile lorsqu’elle ne survient pas dans un climat de peur, ou d’accusation.

Une scène dans une série, une publicité, une fête ou une actualité peuvent offrir une entrée en matière naturelle.

« On parle beaucoup de puffs en ce moment. Qu’est-ce que toi ou tes amies en pensent ? »

L’objectif n’est pas d’avoir une « grande conversation » une fois pour toutes, mais de créer un dialogue qui pourra se poursuivre au fil des années.

Écouter avant de convaincre

Face à une adolescente, la tentation est grande de multiplier les conseils ou les mises en garde. Pourtant une conversation est plus efficace lorsqu'elle commence par des questions ouvertes :

 « Qu'est-ce que tu entends à l'école à propos de l'alcool ou du cannabis ? »

« Est-ce que certains jeunes de ton âge consomment ?» «Qu'en penses-tu ? »

Ces questions permettent de mieux comprendre ce que l’adolescente sait, croit ou observe. Elles montrent aussi que son opinion est prise au sérieux.

Écouter ne signifie ni approuver, ni banaliser. Cela permet de connaître les représentations de l’adolescente, de corriger d’éventuelles fausses informations et de lui montrer qu’il peut en parler s’il se trouve en difficulté.

Donner des informations fiables

Les discours trop alarmistes sont rarement convaincants et peuvent faire perdre de la crédibilité à l’adulte : il est plus utile de transmettre des informations simples et exactes.

Le corps et le cerveau des adolescentes sont encore en développement et sont particulièrement sensibles aux substances psychoactives. Celles-ci peuvent notamment perturber le jugement, l’attention, la mémoire, le sommeil ou l’humeur. 

Les conséquences immédiates parlent souvent davantage aux adolescentes que les risques à très long terme : accident, malaise, conflit, rapport sexuel non protégé, publication regrettée sur les réseaux sociaux ou difficulté à rentrer chez soi.

bieres sur étagères

Photo de Compagnons sur Unsplash

Parler de toutes les substances

L’alcool reste la substance psychoactive la plus fréquemment consommée par les adolescents. Pourtant il est moins discuté que le cannabis.

Les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine, le tabac, le cannabis et certains médicaments utilisés ou encore les boissons fortement alcoolisées méritent également d’être abordées. Les produits évoluent rapidement et les jeunes peuvent être exposés à des informations parfois trompeuses sur les réseaux sociaux.

Il est tout à fait acceptable pour un parent de dire « Je ne connais pas bien ce produit. Cherchons ensemble des informations »

Dire clairement ce que l’on attend

Les adolescentes ont besoin de connaître la position de leurs parents, même lorsqu’elles la contestent. Vous pouvez clairement dire que vous souhaitez qu'elle retarde le plus longtemps possible la consommation d’alcool, de nicotine ou de cannabis. IL est utile de d’expliquer els raison de votre positionnement plutôt que le se limiter à une interdiction.

Les règles doivent être cohérentes, adaptées à l’âge et appliquées avec constance. Elles doivent être connues à l’avance. Elles peuvent aussi s’accompagner d’une discussion sur la manière de gérer certaines situations sociales.

Et l’exemple des parents ?

Les adolescentes observent aussi la manière dont les adultes consomment. Il ne s’agit pas pour les parents d’être irréprochables, mais d’être attentifs aux messages transmis par leurs propres comportements. Consommer de l’alcool avec modération, ne pas présenter une substance comme indispensable pour se détendre ou faire la fête, et respecter soi-même les règles de sécurité donnent de la cohérence au discours parental. Les parents peuvent également parler simplement de leurs propres choix et reconnaître, le cas échéant, leurs erreurs : l’exemple compte souvent autant que les paroles.

Préparer les situations concrètes

Avant une soirée, discutez du lieu, des personnes présentes, du retour et de la personne à appeler en cas de problème. Assurez à votre adolescente qu’elle pourra toujours vous contacter pour rentrer en sécurité. Les éventuelles conséquences pourront être discutées plus tard, une fois le danger écarté

Quelques messages de sécurité doivent être explicites :

·      Ne jamais conduire ou monter avec une personne qui a consommé

·      Ne pas mélanger les substances ou des médicaments avec l’alcool

·      Ne jamais laisser seule une amie inconsciente

·      Appeler immédiatement les secours si une personne respire mal ou ne se réveille pas

Et si votre adolescente a déjà consommé ?

Découvrir que son adolescent a essayé une substance suscite souvent de l’inquiétude, de la colère ou de la déception. Essayez de ne pas réagir sous le coup des émotions. Cherchez d’abord à comprendre le contexte : quel produit, quelle quantité, à quelle fréquence ou dans quel contexte ? Était-ce par curiosité, sous l’influence du groupe, pour se détendre ou pour faire face à une souffrance ?

Une réaction exclusivement punitive peut fermer le dialogue. A l’inverse, une attitude calme, non-jugeante, associée à des limites claires favorise la confiance et permet d’aborder les difficultés sous-jacentes

Une consultation chez le pédiatre est recommandée en cas de consommation régulière, de perte de contrôle, de changements importants de comportement, de baisse des résultats scolaires, d’isolement, de troubles du sommeil ou de difficultés psychologiques.

Foule d'ados fete

Photo de Marcel Strauß sur Unsplash

Le message essentiel

Parler de consommation de substances avec son adolescent, ce n’est pas seulement lui expliquer les risques ou fixer des règles. C’est aussi lui montrer qu’il peut poser des questions, exprimer ses doutes et parler de ses expériences sans craindre d’être immédiatement jugé. Les discussions ne seront pas toujours faciles et les parents ne trouveront pas forcément les bons mots à chaque fois. L’essentiel est de garder le dialogue ouvert, même en cas de désaccord, et de préserver une relation de confiance dans laquelle l’adolescent sait qu’il peut compter sur ses parents.

En cas de questions, de doutes ou d’inquiétudes, les parents peuvent en parler avec le pédiatre. Elle peut les conseiller, les aider à prendre du recul et, si nécessaire, proposer un espace de discussion confidentiel à leur adolescent. Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’une situation devienne problématique pour demander conseil.

 

Mon adolescent refuse d’en parler : comment garder le dialogue ouvert ?

Un refus de parler ne signifie pas forcément que votre adolescent consomme ou vous cache quelque chose. Il peut être gêné, craindre votre réaction ou simplement souhaiter préserver son intimité. Ce silence peut être frustrant ou inquiétant pour les parents.

Vous pouvez lui laisser du temps, sans insister pour obtenir une réponse immédiate : « Je comprends que tu n’aies pas envie d’en parler maintenant. Si tu as une question ou qu’il se passe quelque chose, tu peux venir me voir. » Une occasion informelle, pendant une promenade ou un trajet, peut parfois faciliter l’échange.

Même sans discussion approfondie, vous pouvez exprimer calmement vos repères et rappeler qu’il pourra toujours vous appeler s’il se trouve en difficulté. S’il préfère se confier à un autre adulte de confiance ou à son pédiatre, cela peut aussi être une bonne manière de trouver du soutien. L’essentiel est qu’il sache vers qui se tourner.

Quels signes doivent m’inquiéter ?

Il est parfois difficile de distinguer les changements habituels de l’adolescence des signes d’une difficulté. Une irritabilité, un besoin d’intimité ou une baisse ponctuelle des résultats scolaires ne prouvent pas une consommation. C’est surtout l’association de plusieurs changements, leur persistance et leurs répercussions sur la vie quotidienne qui doit attirer l’attention : isolement inhabituel, abandon d’activités appréciées, absences répétées ou baisse marquée des résultats scolaires.

Lorsqu’une consommation est connue, certains éléments méritent également d’en parler avec le pédiatre : elle devient plus fréquente, prend une place croissante, entraîne des prises de risque ou se poursuit malgré des conséquences négatives.

Peut-on rechercher une consommation de substances dans le sang ou les urines ?

Certaines substances peuvent être détectées par des analyses sanguines ou urinaires, mais ces tests ont des limites et ne permettent pas toujours de déterminer si, quand ou à quelle fréquence un produit a été consommé.

En Suisse, un adolescent capable de discernement doit donner son consentement à un tel examen, même s'il est mineur. Ses parents ne peuvent donc pas lui imposer un dépistage médical à son insu ou contre sa volonté. Les résultats sont également protégés par le secret médical.

En cas d'inquiétude, mieux vaut privilégier le dialogue et proposer une consultation avec le pédiatre. Un dépistage peut parfois être utile pour des raisons médicales, mais il ne devrait pas être utilisé comme moyen de surveillance ou de contrôle.

Où trouver des informations fiables sur les substances ?

Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver parmi les nombreuses informations disponibles sur Internet. Les parents peuvent consulter ces sites, seuls ou avec leur adolescent :

  • Addiction Suisse : informations sur les substances, leurs effets et les risques, ainsi que des conseils destinés aux parents.
  • ciao.ch : site suisse romand destiné aux adolescents, avec des informations et des réponses confidentielles à leurs questions.
  • SafeZone.ch : conseils et consultations en ligne, gratuits et anonymes, pour les personnes concernées et leurs proches.
  • Office fédéral de la santé publique (OFSP) : informations officielles sur les addictions et la prévention.
Les principales substances : quelques repères pour les parents

Les noms courants varient selon les régions et ne permettent jamais de connaître avec certitude la composition d’un produit. Certains désignent une présentation ou un mode de consommation.

Alcool
Noms et termes courants : bibine, picole, shots.
Risques : altération du jugement et de la coordination, accidents et intoxication pouvant être grave.

Nicotine et tabac
Noms et termes courants : clopes, puffs, vapes, snus, pouches.
Risques : dépendance parfois rapide. Les produits sans fumée ne sont pas sans risque.

Cannabis (THC)
Noms et termes courants : weed, beuh, shit, hasch, joint, pétard.
Risques : troubles de l’attention, de la mémoire et de la coordination. Risques psychiques accrus, particulièrement en cas de consommation fréquente ou de vulnérabilité.

Protoxyde d’azote
Noms et termes courants : gaz hilarant, proto, ballons.
Risques : malaises, accidents et manque d’oxygène. Une consommation répétée peut provoquer des lésions neurologiques.

MDMA / ecstasy
Noms et termes courants : ecsta, taz, XTC, molly, MD.
Risques : surchauffe du corps, troubles cardiaques et complications neurologiques. La composition des produits est souvent incertaine.

Cocaïne
Noms et termes courants : coke, C, blanche.
Risques : complications cardiaques, anxiété, agitation et dépendance.

Amphétamines
Noms et termes courants : speed, amphèt’.
Risques : insomnie, agitation, dépendance et complications cardiaques ou psychiatriques.

Kétamine
Noms et termes courants : kéta, K, Special K.
Risques : troubles de la perception et de la coordination, accidents. Une consommation répétée peut endommager la vessie.

Opiacés et autres opioïdes
Produits concernés : héroïne, morphine, codéine, tramadol, oxycodone, fentanyl, notamment.
Noms et termes courants : héro, came ou brown pour l’héroïne ; lean pour une boisson pouvant contenir de la codéine.
Risques : dépendance et surdosage pouvant entraîner un ralentissement ou un arrêt de la respiration, particulièrement en association avec l’alcool ou des médicaments sédatifs.

Autres médicaments détournés de leur usage
Produits et termes courants : certains anxiolytiques et somnifères, appelés notamment « benzos » ; Xanax est un nom de marque.
Risques : somnolence, dépendance et intoxication grave, particulièrement en association avec l’alcool ou des opioïdes.

Cette liste n’est pas exhaustive et ne reflète pas la fréquence des consommations chez les adolescents.